JOURNÉE MONDIALE DU SERPENT
A l'occasion de la Journée Mondiale du Serpent,
voici le Message de la Vipère :
nous vous invitons à le (re)lire et à le diffuser autour de vous...
Je suis celle que vous avez appris à craindre. Celle dont on prononce le nom avec un frisson, qu’on accuse d’être sournoise, dangereuse et qu’on désigne du doigt avant de lever la pelle. La Vipère !
Je fais partie de l’équilibre fragile des campagnes. Je suis proie des buses et prédatrice des rongeurs. Je participe à cette respiration du monde que vous appelez “Nature” quand elle vous arrange, et “nuisible” quand elle vous échappe.
Je voudrais seulement trouver une pierre chaude, un talus, des herbes hautes, un petit recoin où mon corps puisse disparaître sans déranger personne.
Mais peu à peu, les paysages se sont appauvris. Vous avez dégagé les pierres, les haies, les mares, les friches, les ronciers, les murs secs et les bois morts. Vous avez rasé les cachettes, élargi les champs, rempli les fossés, bétonné les lisières, pulvérisé les insectes, les herbes, les sols et tout ce qui dépendait d’eux.
Alors nous avons reculé. En cinquante ans, 80 % des serpents ont disparu du fait des activités humaines. Nous disparaissons en silence parce que vous avez rendu le monde invivable pour celles et ceux qui n’entrent pas dans vos lignes droites.
Les routes ont coupé nos territoires en morceaux. Nous tentons de les traverser pour trouver une proie, un partenaire, un abri, une chance de continuer l’espèce. Parfois, nous venons aussi y chercher la chaleur, parce que notre sang en dépend.
Trop souvent, ce que nous y trouvons, c’est une roue. Puis l’asphalte brûlant contre notre ventre ouvert.
Longtemps, vous avez cru que nous ne ressentions rien. Que nos corps froids abritaient des vies froides. Mais la science le montre désormais : les reptiles ne sont pas des machines. Nous éprouvons la peur, le stress, la détresse, la douleur. Pas comme des humains mais nous ressentons. À notre manière.
La plupart des serpents que vous croisez en France sont des couleuvres inoffensives. Moi, la vipère aspic, je ne vous attaque pas par cruauté. Je fuis. Je me cache. Je me fais immobile. Je ne mords que si je me crois condamnée. Je ne suis pas votre ennemie. Je suis juste un animal qui a peur de mourir.
Aujourd’hui, enfin, la loi reconnaît que ma vie compte. Je suis strictement protégée et il est désormais interdit de me tuer, de me capturer, de me mutiler, de me déranger intentionnellement. Il est aussi interdit de détruire, d’altérer ou de dégrader mes sites de reproduction et mes aires de repos.
Autrement dit : ce n’est pas seulement mon corps qu’il faut respecter. C’est aussi le petit morceau de monde qui me permet d’exister. Et ce respect peut commencer très simplement.
Quand vous me voyez, reculez doucement. Ne tentez pas de me toucher. Ne me bloquez pas. Ne me poursuivez pas. Ne me transformez pas en menace pour justifier votre violence.
Appelez plutôt ceux qui connaissent les bons gestes. Diffusez le message de SOS SERPENT : Choisissez l’appel, pas la pelle.
Apprenez à reconnaître, à comprendre et à cohabiter.
Rendez-nous un peu de place. Dans vos jardins, laissez un coin sauvage. Un tas de bois. Quelques pierres. Des branches mortes. Une haie libre. Des herbes hautes. Une mare où la Vie revient boire. Un morceau de monde sans tondeuse, sans poison, sans obsession de contrôle.
Vous n’avez pas besoin de tout maîtriser pour être en sécurité. Vous avez besoin d’apprendre à partager.
Je veux croire que chacun pourra bientôt me voir traverser un chemin et dire : “Attends. Laisse-là tranquille. Elle a sa place ici.”
Je veux croire qu’un jardin s’ouvrira. Qu’une voiture ralentira. Qu’une haie repoussera. Qu’une main se baissera non plus pour frapper, mais pour retenir celle qui allait le faire.
Je veux croire que vous saurez enfin regarder le sauvage autrement que comme une menace.
Car je ne suis pas un danger à abattre.
Je suis une vie à laisser passer et à respecter.
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Un texte coécrit et en coopération par
Cyril
d'AmphiRept
&
Jardins Écosystèmes
et la plume vibrante de Noé de
"Les Derniers"
(Les Derniers animaux sauvages encore là / les Derniers humains capables de dire non et de réparer ce qui peut l'être).
Visuel par
Astrid, talentueuse illustratrice, des Derniers aussi 😀
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Au même titre que tous les autres animaux, les serpents méritent notre respect
Cyril
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